top of page

Comment un cadre de gestion de crise peut être un outil précieux dans la lutte contre le terrorisme

Face à des menaces terroristes toujours plus imprévisibles et complexes, comment assurer une réponse efficace lorsque la prévention atteint ses limites ?


Cet article explore la puissance d’un cadre structuré de gestion de crise pour faire face à l’impossible : répondre de manière coordonnée, mesurable et humaine à l’horreur.



Le terrorisme moderne ne se contente plus de

faire des victimes ; il vise à paralyser les sociétés,

à exploiter les vulnérabilités, et à défier les

institutions.


Dans un monde où chaque territoire peut devenir une cible, il est devenu clair que la seule prévention ne suffit plus.


Face à cette réalité, une autre dimension de la lutte s’impose : celle de la gestion de la réponse. Car si l’on ne peut empêcher toutes les attaques, on peut en limiter les conséquences.


Et pour cela, il est essentiel de s’appuyer sur un cadre de gestion de crise structuré, anticipé et continuellement testé.


Ce document présente les grands principes d’une gestion efficace de la réponse aux attaques terroristes, en s’appuyant sur une approche systémique, des retours d’expérience et des recommandations concrètes.



Un nouveau visage du terrorisme : entre perception et impact réel


Avec les évolutions géopolitiques récentes, le terrorisme reste une menace bien présente.


Les actes d’intimidation, les attaques basées sur la perception, celles visant les services publics, les infrastructures critiques ou les civils ne semblent pas près de disparaître.


Le nombre d’attentats augmente. Les auteurs sont de plus en plus nombreux, mieux formés et mieux équipés.


En parallèle, nos sociétés restent vulnérables. Les forces de l’ordre, qu’elles soient internes ou externes, font face à de nombreuses limites : manque de personnel, de budget, de compétences et de capacités.


Notre capacité à répondre efficacement au terrorisme est mise à rude épreuve.



Pourquoi la gestion de la réponse est devenue cruciale


Il semble inévitable que des terroristes réussissent de temps à autre à perpétrer une attaque, qu’elle soit de petite ou de grande envergure.


Même si ce n’est pas le résultat souhaité, il est tout simplement impossible, ou du moins irréaliste, de protéger chaque personne et chaque endroit, à tout moment et en tout lieu.


La gestion des conséquences à court terme d’un événement et des conséquences à long terme des attaques est donc au premier plan de la lutte contre le terrorisme.


La réalité actuelle exige que tous les pays

disposent d’instruments efficaces de gestion des

crises antiterroristes, qu’ils les testent et les

améliorent en permanence.



Les fondations d’une bonne gestion de crise


Contrairement aux activités de prévention et de dissuasion des attaques menées par des organismes hiérarchiques centralisés, la gestion de la réponse implique de multiples organisations issues de divers secteurs de la société.


Pour qu'une communauté soit réellement préparée, toutes les agences d'urgence doivent concevoir des plans compatibles entre eux, assurant une réponse cohérente.


Puisqu’il est impossible de garantir qu’aucune attaque ne surviendra, la manière dont nous réagissons devient essentielle.


La gestion de la réponse (pendant et après l’événement) influence fortement les conséquences d’une attaque terroriste.


Une réponse efficace permet de contenir les effets négatifs. À l’inverse, une mauvaise gestion peut amplifier les dégâts et entraîner des conséquences graves et durables.



Du concept à l’action : comment concevoir une réponse efficace


Que signifie une bonne gestion de la réponse ?


Elle intervient généralement après le début de l’attaque. Certaines situations, comme une prise d’otages, peuvent être de courte durée.


Mais dans la plupart des cas, la gestion de la réponse doit commencer pendant l’attaque et se poursuivre bien au-delà, pour traiter à la fois les conséquences immédiates et les effets à long terme.


La première caractéristique d’une bonne gestion de la réponse est donc qu’elle soit « designed » :  pensée, structurée et préparée en amont pour fonctionner de manière efficace, pendant l’événement et dans la durée. 


Le terme « designed » implique une conception anticipée : il ne s’agit pas d’improviser.


Les différents types d’attaques doivent être identifiés, et des critères d’efficacité doivent être définis.


Pour qu’un processus soit systématiquement efficace, il est essentiel de définir à l’avance les résultats attendus. Cela permet de guider sa conception en précisant :

  • ce qu’il doit absolument accomplir (obligatoire et objectif),

  • ce qui est souhaitable selon les conditions (recommandé ou conditionnel),

  • ce qui est optionnel,

  • et ce qui serait simplement « un plus » ou un avantage à intégrer si possible.



Tester, ajuster, répéter : une approche en amélioration continue


Une fois la conception terminée, la gestion de la réponse doit être mise en œuvre.


Mais cette mise en œuvre se heurte souvent à des limites : budgets réduits, ressources limitées. Il faut alors prendre des décisions pour trouver un équilibre.


Concrètement, cela signifie adapter les capacités nécessaires aux moyens disponibles. L’objectif est de maintenir l’efficacité tout en respectant les contraintes. C’est ce compromis qui permet de définir le faisable.


Autrement dit, ce que la gestion de la réponse peut réellement accomplir.


Il est aussi utile d’identifier ce qu’elle ne pourra pas accomplir, faute de moyens. Ces éléments deviennent alors des objectifs secondaires ou « agréables à avoir». Une fois ce faisable défini, le processus peut être testé et mesuré.


La gestion de la réponse doit pouvoir être activée à tout moment, sans préavis.


Cela suppose une disponibilité totale, 100 % du temps. Mais aussi une intégrité opérationnelle, pour garantir une réponse efficace à chaque activation.


Pour cela, l’état de préparation du processus doit être suivi en permanence. Il doit être régulièrement testé pour s’assurer qu’il fonctionne comme prévu.


Si les mesures ou les tests révèlent des failles, il faut corriger rapidement. Des ajustements doivent être faits. Et une fois ajusté, le processus doit de nouveau être mesuré, puis testé. Encore et encore.


C’est cette dynamique qui constitue la deuxième caractéristique clé d’une bonne gestion de la réponse :


Elle doit être anticipée, mise en œuvre,

mesurée et continuellement améliorée.



Vers un cadre structuré : décomposer pour mieux agir


Comment procéder ?


Avec une telle diversité de types d’attaques, de géographies différentes et de toutes sortes d’organisations et d’entités impliquées, est-il possible de mettre en place une gestion de réponse complète ? Oui, nous le pouvons.


Nous pouvons utiliser une approche structurée, un cadre.


Les meilleurs cadres permettraient non seulement de mettre en place une gestion de réponse, mais aussi de la mesurer et de tirer des leçons structurées et cartographiables de l’analyse des situations précédentes.


Un tel cadre devrait couvrir la gestion de réponse dans son intégralité, y compris les activités qui ont lieu avant (état d’inactivité), pendant (à l’impact) et après l’attaque.



Comparer l’incomparable : apprendre à travers les cas


Le cadre de gestion des crises met l’accent sur une réponse conjointe. Il suit l’ensemble des processus, tout en traçant les précurseurs et les résultats de chacun. Il couvre toutes les phases :

  • avant l’événement (préparation, renseignement, etc.),

  • pendant,

  • et après, jusqu’aux actions de long terme (enquête, leçons tirées, réhabilitation, accompagnement des victimes...).


Ce cadre peut être utilisé de deux manières :

  • pour évaluer des événements passés,

  • pour préparer la réponse à venir, en structurant les actions futures.


Cela permet de prendre du recul, d’identifier des axes d’amélioration et, idéalement, de mettre en œuvre les ajustements nécessaires. Le cadre repose sur une double approche :

  • décomposer la réponse en processus distincts,

  • puis recomposer ces éléments en une vision d’ensemble.


Ce mécanisme de décomposition-synthèse donne une évaluation complète, détaillée et structurée. Il permet de comprendre non seulement les processus eux-mêmes, mais aussi leurs interactions et leurs effets en chaîne.


Cette méthode rend possible la comparaison de cas très différents, même lorsque les données sont incomplètes ou biaisées.


Un cadre commun donne une base solide pour analyser à la fois des cas isolés et des séries d'événements.


Cela permet de repérer des schémas répétitifs et d’évaluer leur efficacité dans différents contextes.


Enfin, l’équipe examine l’ensemble des résultats produits :

  • d’abord la décomposition,

  • puis la synthèse,

  • et enfin la comparaison de plusieurs cas avec le cadre comme référence.


Ce processus permet d’identifier clairement les lacunes, les faiblesses et les risques dans la gestion de la réponse, par exemple, dans un pays donné. Un tel niveau d’analyse renforce les recommandations et justifie la mise en œuvre d’améliorations concrètes.



Recommandations clés pour renforcer notre réponse collective


De nombreuses évaluations réalisées avec l’outil Cadre (Framework) de gestion de crise suggèrent que la gestion de la réponse aux attaques terroristes pourrait être améliorée en prenant en compte les suggestions suivantes – dont certaines sont difficiles à mettre en œuvre mais pourraient éclairer les développements législatifs futurs.


Au plus haut niveau :

  • Planifier la réponse comme une mission de bout en bout – et non au niveau des agences individuelles, des catégories de victimes ou des processus. La planification de l’aide et de l’assistance aux victimes doit faire partie intégrante de toute réponse globale.

  • Désigner une direction claire pour l’ensemble de l’opération – et pas seulement la responsabilité de certains aspects de celle-ci.

  • Établir un centre d’information sous le contrôle des forces spéciales.

  • Veiller à ce que les décisions professionnelles et techniques ne soient pas influencées par la politique – les responsables des services d’urgence peuvent alors accomplir leurs tâches sans pression politique.

  • Établir et tester la liaison et la coopération entre les agences de manière à éviter toute confrontation institutionnelle ou personnelle, par exemple en créant un environnement non hostile dans lequel les services d’urgence peuvent travailler sans être soumis à des attitudes hostiles entre différentes organisations.


Au niveau des processus individuels, plusieurs suggestions générales peuvent être faites, notamment :

  • Il faudrait introduire des cours de protection civile pour le public et la formation devrait être accessible et adaptable à tous, car nous sommes tous des victimes potentielles. Cela peut se faire par le biais de publicités sociales génériques, courtes et ciblées, ainsi que par le biais de programmes dédiés, chaque fois adaptés à des publics, des comportements ou des sujets sélectionnés.

  • Un point de triage local, proche du site d'une attaque terroriste, devrait être envisagé (et planifié et formé) pour le traitement, le tri et l'expédition (le transport) des victimes chaque fois que la situation, ou sa détérioration éventuelle, pourrait laisser penser à un nombre important de victimes. L'expertise militaire en matière de formation et d'équipement des services d'urgence (par exemple pour la stabilisation et le traitement sur place) devrait être prise en compte, apprise et largement utilisée.

  • Former les personnes chargées d'aider les victimes d'actes terroristes. Il est nécessaire de créer un centre de services pour la psychologie des catastrophes, où la prise en charge des victimes d'attentats terroristes en ferait partie.

  • Apprendre la mentalité, le passé et les circonstances des terroristes et, surtout, de ceux qui peuvent être impliqués dans le terrorisme contre leur gré, par la force ou en raison des circonstances, des préjugés culturels, sociaux ou ethniques.

  • Créer un fonds spécifique pour indemniser les victimes du terrorisme pour les dépenses personnelles liées au terrorisme, y compris les services médicaux et de santé mentale, la perte de salaire, les frais d’inhumation, l’assistance juridique et la défense des droits.



Tirer les leçons, agir avant d’être frappés


Les conséquences émotionnelles du terrorisme posent de grands défis aux responsables de la planification de la prévention et de la réponse.


Cela soulève d’importantes questions sur la capacité d’un système de santé publique à comprendre et à se préparer à de tels événements.


Il est important de tirer les leçons de l’expérience d’autres pays afin de minimiser l’impact d’éventuelles attaques terroristes dans votre propre pays.


Des dispositions spécifiques devraient être mises en œuvre pour garantir que les leçons sont tirées et que toutes les activités, y compris le soutien et l’assistance aux victimes, sont adaptées aux exigences d’une nouvelle réalité après les attaques terroristes.


Tirez les leçons des États qui ont déjà connu des attaques de grande ampleur, n’attendez pas une telle expérience sur votre propre sol.



Dans un monde où l’imprévisible devient la norme, la réactivité ne peut plus être improvisée.


La gestion de la réponse aux attaques terroristes doit être conçue comme un processus structuré, transversal et dynamique, capable de s’adapter, de s’améliorer et de protéger ce qui peut l’être.


Un cadre rigoureux permet de transformer le chaos en action coordonnée, d’identifier les failles pour mieux les combler, et de replacer les victimes au cœur de l’intervention.


Plus qu’un outil technique, c’est un levier de résilience pour les sociétés modernes.


Préparer l’après, c’est déjà lutter

contre le terrorisme.


Lina Kolesnikova

Auteur du livre "Dealing with Mass Hostage Taking Events – Crisis Management Framework", expert international en gestion de crise, sécurité urbaine et contre-terrorisme, intervenant pour l’UNOCT, l’OSCE et l’EFUS.Coordinateur de projets européens (Horizon2020, ISF), conférencier reconnu (Milipol, UNOCT, World Police Summit...) et contributeur régulier à de nombreuses publications spécialisées.Influenceur du secteur sécurité (Global Influencers List 2023/2024), multilingue et auteur de scénarios pour red teams.



 
 
 

Commentaires


Formations disponibles

bottom of page