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DOSSIER 6 : une approche globale devenue vitale

Aucune organisation, publique ou privée, ne sera à l’abri de l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des aléas naturels, quelles que soient son activité et sa situation géographique.


En raison de leurs impacts potentiels majeurs sur toutes les catégories de risques accidentels, opérationnels, financiers et stratégiques,le traitement décloisonné (à 360°) du risque climatique n’est plus une option, mais une absolue nécessité.



Le dérèglement climatique est mondial, touchant indistinctement toutes les zones géographiques. Il est silencieux et hors de contrôle, les températures moyennes continuant de progresser inéluctablement.


L’année 2023 a enregistré 365 jours à +1 °C par rapport à la période préindustrielle (dont la moitié de l’année à plus de 1,5 °C), alors qu’en 2015 les signataires des accords de Paris s’étaient engagés à limiter le réchauffement à +2 °C d’ici 2100 – idéalement +1,5 °C. Le réchauffement climatique s’intensifie et s’accélère dans des proportions plus importantes que prévu.


En raison de la hausse des températures moyennes et de ses valeurs extrêmes, le réchauffement climatique a comme effet une augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles.


Chaleurs extrêmes en Asie, en Europe et en Amérique du Nord touchant au total 50 % de la population mondiale, feux de forêt devenus incontrôlables au Chili, au Canada, en Californie et en Australie, succession de tempêtes hivernales en France (Aline, puis Céline, puis Domingos), pluies diluviennes suivies d’inondations… Les dernières actualités ont été l’illustration des conséquences quotidiennes concrètes du changement climatique sur les populations et sur les biens. 


En 2023, le montant des catastrophes naturelles est estimé à 260 milliards $ au niveau mondial (Swiss Re), dont seulement 100 milliards $ sont indemnisés par le marché de l’assurance, le champ assurantiel ne couvrant, en moyenne, que 30 % des risques.



Des conséquences importantes sur les systèmes assurantiels


Plusieurs États ont d’ores et déjà mené des études prospectives afin d’anticiper les impacts du changement climatique sur leurs systèmes assurantiels.


En France, la CCR (Caisse centrale de réassurance) estime une augmentation de 40 % de la charge sinistre de catastrophes naturelles d’ici 2050, portée à 60 % en y ajoutant les variables liées à l’augmentation de la population et à la densité urbaine.


France Assureurs prévoit quant à elle que le coût des aléas naturels doublera tous les 30 ans et que le montant des sinistres dus aux événements naturels pourrait atteindre 143 milliards € en cumulé entre 2020 et 2050, soit une augmentation de 69 milliards € par rapport aux 30 dernières années.


Afin de faire face à cette augmentation attendue de la sinistralité en France, l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) envisage une hausse des primes d’assurance comprise entre 130 % et 200 % d’ici 2050.


Le taux de la cotisation de la surprime Cat Nat (catastrophe naturelle), obligatoirement incluse dans tous les contrats d’assurance « dommages aux biens », augmentera  de 12 % à 20 % (soit +66 %) dès le 1er janvier 2025.



La surprime Cat Nat étant proportionnellement assise sur une assiette de primes qui augmente elle-même régulièrement chaque année, cette hausse sera mécaniquement très importante pour les professionnels et pour les entreprises.


Les conditions de souscription se sont d’ores et déjà durcies : augmentation des primes et des franchises, révision des textes de garanties, baisse des capacités. De plus, quelques assureurs se sont désengagés de leur marché en raison de la sinistralité enregistrée, d’une volatilité difficilement prévisible et du durcissement des conditions de réassurance.


Aujourd’hui, toute souscription est nécessairement associée à des mesures d’identification, de prévention et de réduction des risques.


En France, entre 1 000 et 2 000 communes n’auraient pas trouvé de solution d’assurance satisfaisante au 1er janvier 2024; aux États-Unis, 39 millions d’habitations sont menacées de perdre leur assurance en raison des événements climatiques extrêmes ayant notamment touché la Floride et la Californie.



L’extension du risque climatique à la chaîne d’approvisionnement à ses interdépendances


Les effets d’une catastrophe climatique ne restent pas localisés à l’échelle d’un pays, ils se propagent et se diffusent dans le « village mondial » actuel où les processus commerciaux et industriels constituent une chaîne d’activités.


En externalisant leurs productions et leurs approvisionnements, les

entreprises ont également externalisé leurs risques et leurs

revenus chez leurs fournisseurs, faisant évoluer le profil de leurs risques.


Or un aléa climatique est susceptible d’impacter en profondeur toute la Chaîne d’approvisionnement d’une organisation et il peut aussi affecter l’ensemble d’une zone géographique, avec des conséquences directes ou indirectes sur les acteurs économiques d’une autre région du monde (l’effet « papillon »).



-> Le Canada (deuxième producteur mondial de graines de moutarde) a subi en 2021 une sécheresse particulièrement intense, faisant chuter sa production de graines de moutarde de 28 %. Cette pénurie a eu des impacts au niveau mondial, notamment en France, dont l’approvisionnement est lié à la production canadienne.


À cela s’est ajoutée une multiplication des ravageurs sur les exploitations locales due au réchauffement climatique, ce qui a accentué les difficultés de production.


Conséquences : chute de la production nationale de moutarde de 50 %, hausse importante du prix de vente, pénurie.



-> En 2011, les inondations en Thaïlande (deuxième producteur mondial de disques durs) ont arrêté la production de 15 000 usines de ce pays. La plupart des infrastructures clés (aéroports, routes, autoroutes) ont été paralysées, rendant impossible l’accès aux zones sinistrées, avec des conséquences pour toute l’industrie informatique mondiale.


Conséquences : pénurie de composants, retards de lancement de produits, perte de parts de marché, etc.



-> En France, sur les 800 entreprises qui ont été sinistrées par les récentes inondations du Nord et du Pas de Calais, 400 l’ont été directement… et 400 autres l’ont été indirectement : routes d’accès coupées ou impraticables, rendant impossibles les déplacements de leurs collaborateurs, les livraisons par leurs fournisseurs ou les livraisons d’une production ou d’un service à leurs clients.


Conséquences : des pertes importantes de chiffres d’affaires non indemnisées, par leurs assurances, car ces entreprises n’ont pas subi de dommages directs.



Un contrat d’assurance dommages se limitera à l’indemnisation des dégâts directs subis par son assuré et, parfois, aux conséquences financières liées à un dommage touchant un fournisseur/client identifié (si souscription d’une garantie contre la carence des fournisseurs/clients).


Or il est indispensable de prendre aussi en compte les conséquences d’une interruption d’approvisionnement de fournisseurs non identifiés et la complexité des interdépendances d’une Chaîne d’approvisionnement.


Les nouvelles solutions d’assurance dites


« paramétriques » peuvent représenter une solution pour certaines situations, mais conçues sur mesure, elles restent coûteuses, car peu mutualisées.


L’assurance prend en compte les conséquences immédiates d’un sinistre, mais ne peut être une solution pour indemniser l’ensemble des impacts à moyen et à long terme (pénuries, volatilité des matières premières, pertes de parts de marché et de capitalisation boursière, etc.).


Certains enjeux financiers majeurs consécutifs à un aléa climatique ne peuvent faire l’objet d’un transfert à l’assurance et ils doivent être traités différemment.



Réchauffement climatique : risques géopolitiques et risques sanitaires


L’insécurité alimentaire due au changement climatique et les pénuries en eau seront les causes de violences et de désordres.


Le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) a évoqué la situation de forte compétition entre États et la possibilité de conflits pour l’accès aux ressources vitales dans son scénario Share Socioeconomic Pathways (SSP) lié à un réchauffement climatique RCP 8,5 (hausse des températures à + 4 °C).


En 2010, les récoltes de blé russe ont été fortement impactées par des chaleurs extrêmes et des incendies. La production et les exportations ont baissé de 30 %, créant une pénurie, et les cours ont augmenté de 60 %. Le blé est un produit de première nécessité au Maghreb, cette situation a mis le feu aux poudres et a contribué au déclenchement du Printemps arabe.


Au total, 33 millions de personnes

se sont déplacées dans la continuité

de catastrophes naturelles.


À l’horizon 2050, 216 millions d’individus seraient concernés par une migration d’origine climatique.


L’Asie, qui a des échanges commerciaux importants avec les pays occidentaux, en serait particulièrement impactée avec comme conséquence des risques géopolitiques accrus.


L’eau, ressource souvent transfrontalière, est d’ores et déjà l’objet de vives tensions entre États, et son accès est l’objet de contentieux. Dernièrement, la France a demandé à la Suisse l’augmentation du débit du Rhône (qui alimente en eau quatre de ses centrales nucléaires), son niveau ayant beaucoup baissé pendant la période estivale.


À la suite d’une période de fortes chaleurs, le Portugal a reproché à l’Espagne de trop puiser dans le fleuve Tage pour alimenter sa zone de production agricole en Andalousie.


La baisse du niveau de l’eau à la suite de sécheresses sera la cause de désordres sur les Chaînes d’approvisionnements des entreprises utilisant les voies maritimes comme mode de transport. L’impossibilité de naviguer sur le Rhin en 2022 a eu des impacts directs sur les entreprises françaises et allemandes ainsi que sur la production d’électricité des usines hydroélectriques.


Le ralentissement de la navigation sur le canal de Panama en 2023 (où transite 5 % du trafic mondial) en est aussi l’illustration.


Les pandémies risquent de devenir

plus fréquentes.


La perte de biodiversité et les déforestations sont à l’origine d’une progression des maladies infectieuses à l’échelle mondiale, les animaux venant au contact de l’humain afin de trouver un habitat plus viable. Ce partage viral (appelé zoonose) entre l’humain et des espèces sauvages qui étaient auparavant isolées géographiquement est un facteur important de risque.


De plus, la hausse des températures favorise le développement d’insectes porteurs de maladies, tel le moustique, qui transmet le virus Chikungunya et la dengue à l’homme.


La fonte des glaces, mais aussi l’exploitation de zones aujourd’hui accessibles en raison du réchauffement climatique (Sibérie), pourrait libérer des virus et des bactéries inconnus qui étaient emprisonnés dans le pergélisol depuis des millénaires.


Les fortes canicules favorisent une élévation importante de la température de l’homme au-dessus des valeurs normales, l’hyperthermie, pouvant entraîner une surmortalité.


On estime que la canicule européenne de l’été 2022 a causé plus de 60 000 décès, chiffre qui pourrait être multiplié par 5 à l’avenir dans le cas où les températures moyennes augmenteraient de +2 °C.


Les fortes chaleurs pourraient aussi entraîner des ruptures importantes de production pour les activités menées à l’extérieur (construction, entretien d’infrastructures), les ouvriers ne pouvant travailler dans des situations acceptables pour leur santé.


Les risques psychosociaux des salariés doivent aussi être pris en compte, car ils peuvent être confrontés à des stress post-traumatiques importants sur leur lieu de travail lors d’inondations, de tempêtes extrêmes, etc.

Les risques liés à l’écoanxiété (perte de sens au travail, désengagement, difficulté de recrutement) en relation avec le réchauffement climatique et les crises environnementales sont aussi en augmentation.



Climat et responsabilité sociétale : risque de transition et devoir de vigilance


Le simple examen des dommages que la nature peut causer à l’entreprise ne sera plus suffisant.

Sous pression réglementaire, une entreprise devra également mener une analyse plus globale et communiquer sur un spectre élargi :

  • Comment s’adapte-t-elle à l’évolution de son environnement et à l’économie verte (risque de transition)?

  • Comment ses activités peuvent-elles contribuer aux objectifs de développement durable?

  • Quels sont les dommages qu’elle peut causer à la nature?


Le risque de transition, en lien avec le risque climatique, inclut les risques liés au processus d’adaptation de l’entreprise vers une économie à faibles émissions de carbone.


Par exemple, une organisation ayant un impact négatif sur la biodiversité s’exposera à l’établissement de nouvelles réglementations qui l’obligeront à modifier son modèle d’affaires ou ses produits, avec comme risque une perte de ses consommateurs.


Cette situation pourrait exposer défavorablement les acteurs de son financement (banques, assureurs, investisseurs), et c’est pourquoi la notion de durabilité doit être intégrée dans la gestion des risques.


La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), une directive européenne, cadre cette exigence de transparence en imposant aux entreprises de présenter un rapport de durabilité extrafinancier sur de nombreux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) et de faire l’analyse d’une double matérialité :

  • la matérialité financière, par la prise en compte des impacts positifs et négatifs des enjeux de durabilité (risque de transition) sur les performances financières de l’entreprise;

  • la matérialité d’impact, par la prise en compte des impacts positifs et négatifs de l’entreprise sur son environnement économique, social et naturel (changement climatique, biodiversité, etc.).


Son objet est de communiquer aux parties prenantes toutes les données leur permettant d’analyser la stratégie de l’entreprise sur le traitement de ses risques physiques (quels sont les plans d’adaptation mis en place?) et de ses risques de transition à moyen ou long terme (le business model est-il adapté?).


Par sa vision holistique sur les enjeux et les impacts, la CSRD oblige tous les acteurs d’une entreprise à se mobiliser et à travailler en étroite collaboration : gestionnaire de risque, responsable RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), direction financière, métiers opérationnels. En cela, elle plaide pour une approche décloisonnée du risque climatique.


Applicable dès 2024 aux grands groupes (plus de 5 000 salariés), cette directive européenne se généralisera jusqu’en 2027 aux PME de plus de 250 salariés (50 000 entreprises) et, en 2028, aux entreprises extraeuropéennes réalisant un chiffre d’affaires de plus de 150 millions € au sein des pays membres de l’Union européenne.


Une deuxième directive européenne, la CS3D (Corporate Sustainability Due Diligence Directive), est en cours de discussion.


Son objet est d’imposer aux entreprises de plus de 500 salariés et de plus de 150 millions € de CA (hors secteur financier) un devoir de vigilance sur l’ensemble de leur chaîne de valeur, avec notamment la surveillance des impacts négatifs de leurs activités sur la pollution, la déforestation, la consommation excessive d’eau et les dommages causés aux écosystèmes.


En France, une loi adoptée en 2017 impose déjà un plan de vigilance aux sociétés mères et aux entreprises donneuses d’ordre de plus de 5 000 salariés.


Étendu à leurs sous-traitants et fournisseurs, ce plan de vigilance inclut l’identification des risques ainsi que la mise en œuvre de mesures de prévention et de mécanismes d’alerte pour toute atteinte aux droits humains, à la santé et à la sécurité des personnes et à l’environnement.


Les entreprises concernées s’exposent à des actions en réparation de préjudices et à des sanctions s’il y a non-respect de cette obligation.


Les risques liés à la stratégie ESG sont à présent de plus en plus élevés.


En relation avec la stratégie climatique de l’entreprise et intégrés à la gestion globale de ses risques, ils incluent aussi le risque de financement – impossibilité de trouver des capitaux auprès d’investisseurs – et le risque de réputation.



Anticiper et se préparer au monde de demain


L’ajout de CO2 à l’atmosphère augmente les températures. Néanmoins, ces émissions continuent de progresser inexorablement : +1,1 % en 2023 (36,8 milliards de tonnes de dioxyde de carbone émises), alors qu’il faudrait les réduire de 42 % d’ici la fin de la décennie pour limiter le réchauffement à +1,5 °C.


Si les émissions se poursuivent à ce rythme, la concentration de CO2 pourrait

monter à 600 ou à 800 ppm (parties par million), alors qu’elle est actuellement

à 420 ppm et qu’elle augmente 3 fois plus rapidement qu’il y a 50 ans.


Le temps de réaction de la Terre aux efforts de réduction des gaz à effet de serre (GES) n’est pas immédiat (« inertie climatique »), car leur durée de vie est variable :

  • dioxyde de carbone (CO2) – 100 ans;

  • méthane (CH4) – 12 ans;

  • oxyde nitreux (N2O) – 114 ans;

  • hydrocarbures (CFC et HCFC) – 3 200 ans.


Les effets d’une hausse ou d’une baisse des émissions des GES (gaz à effet de serre) ne se font ressentir qu’après 20 à 40 ans, et les gaz déjà présents vont donc continuer de réchauffer la planète.


Le rejet du CO2 n’est pas le seul paramètre à prendre en compte, car il existe une interconnexion entre le climat, les écosystèmes et la société humaine. La biomasse et les océans (qui captent 50 % des émissions) sont essentiels :


6 limites planétaires sur 9 ont déjà été dépassées,

avec comme conséquences des dommages irréversibles

qui aggraveront les conséquences du réchauffement.


Un aléa climatique peut déclencher un phénomène qui s’autoalimente et qui s’amplifie de lui-même par la conjonction de différentes évolutions simultanées. Les exemples de « rétroaction » sont nombreux :

  • Des feux de tourbe se propagent par le sol et, en libérant des gaz, vont accroître le réchauffement climatique.

  • L’accumulation de la chaleur de l’océan entraîne une dilatation, responsable de la montée des mers.

  • Des feux de forêt intenses créent la formation de nuages appelés pyrocumulus qui, se chargeant d’électricité, déclenchent foudre et incendies.


Une addition de plusieurs paramètres peut donc engendrer des catastrophes inédites : en 2017, l’ouragan Harvey a fait face à un « mur anticyclonique » sur l’ouest du continent américain qui l’a empêché de progresser. Faisant du surplace au niveau du littoral et alimenté en continu par les eaux chaudes du golfe du Mexique, ses pluies se sont déversées sans discontinuer, inondant la ville de Houston.


Encore plus préoccupant : les modèles climatiques peinent à prendre en compte les effets de la rétroaction qui aggravent la situation ainsi que les points de basculement, comme la perturbation des courants marins (ralentissement du Gulf Stream), l’acidification des océans, la perte de biodiversité et la fonte de la banquise.


Il y aurait aujourd’hui moins de 15 % de chance de maintenir le réchauffement au-dessous de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle (rapport de United Nations Environment Programme), les politiques actuelles de réduction des GES laissant plutôt présager une trajectoire à + 3 °C d’ici à la fin du siècle.


À noter qu’il ne s’agit que d’une moyenne et que le réchauffement n’est pas linéaire, certaines régions du globe pouvant se réchauffer avec plus d’intensité que d’autres.


En France, un plan d’adaptation à

un réchauffement de +4 °C d’ici 2100

est d’ores et déjà à l’étude.


Une augmentation des températures plus élevée que les prévisions projetées est un scénario considéré comme crédible, envisagé au plus haut niveau de l’État.


Or le secteur de l’assurance a déjà alerté à propos de l’impossibilité d’assurer un monde à +4 °C (CEO d’AXA, Henri de Castries, 2015). Pour être assurable, un risque doit être aléatoire, modélisable (en fréquence et en intensité) et mutualisable. Malheureusement, les projections climatiques futures font mettre en doute l’assurabilité du monde à venir.


Le retrait total de ce secteur indispensable à l’amortissement des chocs et à la création de relation de confiance entre acteurs économiques aurait des conséquences cataclysmiques, obligeant de revoir en profondeur la gestion des risques et la résilience financière des entreprises.


Le dérèglement climatique est porteur de risques systémiques par son incidence directe sur les activités humaines, les activités urbaines et les systèmes socio-économiques.


Mondial, mais aussi local, ce dérèglement a des effets qui sont en interconnexion avec toutes les typologies des risques des entreprises.


Les défis à relever sont nombreux :

  • sinistralité Cat Nat,

  • menace d’inassurabilité,

  • complexité des chaînes de valeur dans une économie mondialisée,

  • pression réglementaire liée au rôle sociétal de l’entreprise et à sa trajectoire climat et projections climatiques alarmantes, car l’atténuation des GES ne portera ses fruits que dans plusieurs décennies.


Les catastrophes climatiques passées ont démontré combien l’anticipation (ex ante) associée à une gestion de crise appropriée (ex post) pouvait avoir une incidence directe sur la résilience et la performance des entreprises.


C’est pourquoi elles devraient agir dès à présent en identifiant dans leur cartographie tous les risques liés au climat afin de les intégrer aux risques existants, tout en mettant conjointement en place des mesures d’adaptation.


Cette analyse à 360° exige transversalité et décloisonnement de leurs différents départements, un pilotage de chaque instant et, en raison de la nature systémique du risque climatique, une gouvernance au plus haut niveau.


En associant cette approche holistique à ses décisions stratégiques, l’entreprise se donnerait les moyens et les pouvoirs de prendre toutes les mesures de prévention nécessaires au maintien de son activité, de ses parts de marché, de sa compétitivité et de sa performance, quelles qu’en soient les circonstances.


Au regard de la situation actuelle et des enjeux du futur, la gouvernance du risque climatique n’est plus une option, mais une absolue nécessité.


Walter Munsch

25 ans d’expérience au sein de cabinets de courtage en assurances des risques d’entreprise (PME, ETI et grands comptes)

Conseil en gestion des risques : identification, analyse, traitement et transfert au marché de l’assurance

Accompagnement en prévention et en réduction de risques

Formateur - conférencier


ÉTAPES CLÉS, CONSEILS ET ASTUCES



Analyse à 360°

du risque climatique :


Le risque climatique est systémique et stratégique. Son analyse via la réalisation d’une cartographie dédiée nécessite de fédérer différents métiers : gestion des risques, RSE, finance, production, service juridique, RH, conformité, achats, etc., et de partager avec le COMEX (Comité Exécutif).


Il est recommandé d’identifier au préalable quels sont les acteurs à inclure dans cette démarche et d’adopter une méthodologie de conduite de projet agile :

  • Identifier les aléas climatiques vecteurs de risques pouvant impacter les activités de l’entreprise et les mettre en relation avec ses enjeux prioritaires.

  • Mener en parallèle une démarche prospective afin d’anticiper les conséquences futures du réchauffement climatique sur l’organisation via des données géoclimatiques.

  • Identifier les actifs critiques (bâtiments, usines, etc.) et les zones géographiques concernées et croiser les données climatiques avec la localisation des actifs retenus.

  • Analyser les expositions et les vulnérabilités en intégrant les tendances climatiques futures.

  • Appréhender la globalité de la Chaîne d’approvisionnement (moyens de transport, zones géographiques, saisonnalité) et ses expositions aux aléas climatiques.

  • Analyser sa chaîne de valeur et son business model sous l’angle des risques et des opportunités liés à la transition sur les sujets ESG.

  • Intégrer le risque climatique dans les risques existants préalablement identifiés.

  • Traiter les vulnérabilités par des mesures d’adaptation et travailler à la réduction du risque résiduel.

  • Élaborer un plan de continuité d’activité (PCA).

  • Déployer un plan d’action avec animation régulière.


 
 
 

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