Leadership post-crise : le corps du dirigeant est le premier média
- La direction

- il y a 1 jour
- 4 min de lecture
À la sortie d’une zone de turbulences vos équipes n'écoutent plus vos promesses.
Elles scannent votre système nerveux.
Voilà pourquoi le redémarrage doit s’incarner plutôt que de décréter.
C’est la priorité du dirigeant qui, en premier lieu, doit moins se porter sur la stratégie que la maîtrise des signaux qu’il renvoie au collectif.

Une crise ne s’arrête jamais au dernier communiqué de presse. Elle mute en une phase critique, post-crise, que l’on pourrait nommer « l’après-choc ».
C’est une période de
« latence toxique »
où l’organisation est plongée dans une hypervigilance collective.
Dans ce climat, vos collaborateurs cherchent des preuves organiques que le danger est écarté ; les solutions chiffrées seront certes attendues mais plus tard. Cette preuve organique, ils la traquent sur le support le plus immédiatement accessible, le corps du dirigeant.
Le leadership sous le radar des neurosciences
Qu’il s’agisse d’un naufrage financier ou d’un scandale de gouvernance, le traumatisme modifie le logiciel de perception des équipes. Leurs mécanismes de vigilance sont saturés de cortisol, générant une hypersensibilité radicale aux signaux non verbaux.
Un dirigeant qui entre en salle de réunion les épaules verrouillées, le regard fuyant ou la respiration courte commet une erreur tactique majeure car il émet un signal de détresse qui sature l’espace et annule instantanément son discours de relance.
En communication de crise,
l’incohérence entre le verbe
et le corps se ressent
comme un poison.
Elle génère une contagion émotionnelle qui paralyse toute velléité de redémarrage.
On n’offre pas une stabilité que l’on ne possède pas
Le leadership post-crise procède d’un défi paradoxal. Car le dirigeant est à la fois l’émetteur principal du message « après choc » mais aussi le premier impacté par le choc.
Avant de mobiliser le collectif, le dirigeant doit donc mener une opération de maintenance interne.
Le dirigeant est à la fois
l’émetteur principal
du message « après choc »
mais aussi le premier
impacté par le choc.
Timothy Mirthil
À lui de stabiliser sa posture et de moduler l’intensité de sa présence. Comment ?
En modifiant ses propres paramètres physiologiques comme celui de la respiration, de la tension musculaire et de son ancrage au sol. Ce n’est qu’à cette condition que son message devient audible. Dans les 48 heures qui suivent le choc, la réception d'un plan de redressement dépend essentiellement de la solidité perçue de l'émetteur.
L’écoute tactique pour neutraliser les résistances
S’engager, et engager ses
équipes, à « tourner la page »
prématurément constitue
une faute de management.
Un dirigeant qui se projette dans l'avenir sans traiter le passif émotionnel se heurte à un mur de résistance.
Car la gestion post-crise exige une compétence de terrain difficile à activer en contexte dégradé. Cette compétence s’intitule
« l’écoute tactique ».
En effet, nommer la douleur permet de la neutraliser, du moins en partie.
Or, sans cette reconnaissance factuelle du vécu des équipes, toute tentative de remobilisation est perçue comme un déni de réalité.
Concrètement, il s’agit donc de valider explicitement le traumatisme : « Je sais l'effort que cela a demandé (...) L'incertitude a été brutale ».
Il faut ensuite réactiver le moteur organisationnel car la crise anesthésie l'initiative.
Le dirigeant stratège doit inverser la polarité, motiver, lever l’inhibition en questionnant alternativement de manière ouverte et fermée, simple et complexe afin de pénétrer en profondeur la carte mentale de ses équipes.
Il s’agit pour lui de comprendre réellement l’état émotionnel de ses équipes et de mesurer leur disponibilité cognitive afin de générer l’action. Les collaborateurs qui participent ainsi au diagnostic cessent d'être des victimes de la crise pour redevenir des acteurs d’une reconstruction qui se veut collective et décentralisée.
Le redémarrage, que l’on pourrait nommer la résilience, débute par la présence du dirigeant davantage que par sa capacité rhétorique. Le dirigeant qui maîtrise son architecture corporelle et valide la réalité émotionnelle de ses troupes forge une résilience structurelle et collective d’une incroyable efficacité. Tel est l’effet final recherché.
Timothy Mirthil
Ancien journaliste, Timothy Mirthil guide les dirigeants de secteurs sensibles dans l'art de la prise de parole stratégique.
Collaborant avec l'agence TTA, il forme également les cadres exécutifs à la maîtrise des négociations complexes et à l'optimisation de leurs performances par des techniques de bio-hacking.
Protocole de relance post choc : 5 gestes tactiques
Le check-up physiologique : Avant chaque prise de parole, forcez une expiration lente (2x plus longue que le temps d’inspiration) et ancrez vos orteils dans le sol. Votre débit de parole doit être le métronome du calme retrouvé.
Nommer les faits : Ne contournez pas le trauma mais nommez-le dès les premières minutes. Ce qui est nommé et reconnu perd de son pouvoir de nuisance.
La stabilisation visuelle : Maintenez un contact visuel direct, surtout face aux questions difficiles. Le regard fuyant est le signal universel de la défaite.
Le pivot de l'action : Posez trois questions par jour (ouverte, fermée, complexe, simple). Le questionnement vous donne du renseignement et créée la connexion avec les collaborateurs sous stress.
Le signal de progrès : Instituez des marqueurs de victoire hebdomadaires. La confiance se nourrit de micro-preuves répétées, toujours plus puissantes que les grandes promesses lointaines.















Commentaires