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Gestion de crise : pourquoi la séquence pédagogique change tout(1)

La clé d’une formation réussie en gestion de crise réside moins dans les méthodes utilisées que dans leur ordre d’utilisation.


Découvrez comment une séquence pédagogique optimale, intégrant simulations et théorie, permet d'acquérir une expertise véritablement adaptée aux crises d’aujourd’hui, bien au-delà des approches traditionnelles.



Face à des crises imprévisibles et complexes, préparer efficacement les décideurs devient crucial.


Une étude novatrice démontre que l’efficacité des formations en gestion de crise dépend davantage de la séquence pédagogique mise en œuvre que des méthodes employées individuellement.


Cette découverte change profondément notre vision de l’apprentissage en crise.


Longtemps, les formations à la gestion de crise ont accumulé méthodes et outils pédagogiques variés (simulations, serious games, cours théoriques) sans réfléchir à leur ordre précis.


Pourtant, une recherche récente révèle que c’est la « séquence » de ces outils qui conditionne la profondeur réelle de l’apprentissage.


Cette étude introduit le concept de

« sédimentation cognitive » : chaque

étape pédagogique laisse une

empreinte cognitive qui s’accumule et

structure progressivement une

expertise solide.


Ainsi, une même combinaison d’outils produit des résultats radicalement différents selon l’ordre dans lequel ils sont déployés.


Une simulation de crise suivie d’une réflexion théorique génère une compréhension beaucoup plus riche qu’un ordre inverse (théorie puis simulation) qui se révèle le pire schéma pédagogique alors qu’il est justement majoritairement déployé par les entreprises.


Pour mesurer précisément ces effets, l’étude utilise des « cartes cognitives », un outil de représentation mentale développé par Novak (1977)(2), permettant de visualiser concrètement la manière dont l’apprenant organise ses connaissances.


Avant et après chaque session, les participants dessinent leur compréhension des crises.



Résultat : une séquence optimale (simulation → théorie) produit des cartes très riches en concepts et en connexions, traduisant un apprentissage profond et structuré. À l’inverse, une séquence moins efficace laisse une carte cognitive appauvrie.


Les serious games occupent une place centrale

dans cette pédagogie innovante.


Ces jeux immersifs permettent une pratique sécurisée et réaliste des décisions en crise, stimulant un engagement actif crucial pour la mémorisation à long terme (Cros & Vraie, 2018)(3).


Une séquence incluant d’abord une préparation théorique en vidéo suivie d’un serious game offre des résultats significativement meilleurs qu’une approche inversée, confirmant ainsi la nécessité d’un ordre progressif de passif à interactif.


Le résultat ultime de ces séquences pédagogiques optimisées est une « complexification cognitive ».


Les décideurs développent une représentation mentale plus riche, nuancée et flexible, les rendant capables d’adaptation face à l’inédit.


Ce modèle fait écho à l’apprentissage expérientiel théorisé par Kolb (2014)(4)  :


alterner expérience concrète et réflexion

théorique maximise l’acquisition et la

structuration des connaissances.


Ainsi, former efficacement à la gestion de crise implique de repenser radicalement les parcours pédagogiques traditionnels pour intégrer des séquences d’apprentissage structurées où simulations, jeux sérieux et réflexions théoriques se succèdent selon un ordre précis.


Cette approche crée une résilience réelle en permettant aux décideurs de mobiliser rapidement des connaissances complexes et adaptatives en situation de crise.



Les lettres CM signifient « cartographie cognitive » (=Cognitive Maps). Il y en a 3 car j'ai procédé à 3 cartographies successives intercalée par les actions pédagogiques.


En somme, l'expérience débutait avec une cartographie cognitive originelle (CM0). Celle-ci était suivie d'une action par un levier pédagogique. Une fois cette action effectuée, nous passions à une nouvelle cartographie cognitive (CM1) afin d'évaluer comment la conception de la crise avait évoluée dans l’esprit des sujets.


Nous passions alors à l’utilisation d’un 2e levier pédagogique. Il était suivi d'une nouvelle cartographie cognitive (CM2).


Pour résumer : c'est l'analyse de l'évolution de ces cartographies cognitives successives (qui s'intercalaient entre les différents leviers pédagogiques utilisé dans toutes les combinaisons possibles) qui m'a permis d'identifier la séquence pédagogique la plus pertinente pour développer une pensée complexe et une mémorisation accrue des principes de gestion de crise.



Conclusion


Cette étude révolutionnaire invite les organisations à dépasser les approches pédagogiques classiques en gestion de crise.


Loin d’une simple accumulation d’outils, c’est la qualité de leur enchaînement qui garantit une expertise profonde et adaptative.


Les responsables doivent désormais concevoir leurs parcours de formation en intégrant simulations, jeux sérieux et enseignements théoriques dans une logique cohérente et progressive.


Ce nouveau paradigme pédagogique offre un avantage décisif en matière de résilience, préparant les décideurs à naviguer efficacement dans la complexité croissante des crises contemporaines.


Raphaël de Vittoris

Raphaël De Vittoris est directeur des risques, de la crise et de la cyberdéfense chez Symbio. Docteur en sciences de gestion, il est aussi professeur associé et fondateur d’Antifragile.fr.Auteur de plusieurs ouvrages, il explore la résilience et l’antifragilité des organisations. Il accompagne les entreprises dans la consolidation de leur pérennité.Son parcours mêle recherche, enseignement et action, au croisement du management, de la stratégie et de la gestion de crise.


Source :

(1) De Vittoris, R., & Cros, S. (2022). Crisis management learning: when the sequence of pedagogic levers counts more than the levers themselves. Vie & sciences de l'entreprise, 214-215(2), 167-194.

(2) Novak, J. D. (1977). An alternative to piagetian psychology for science and mathematics education. Science Education, 61(4), p. 453–477. https://doi.org.10.1002/sce.3730610403

(3) Cros, S., Vraie, B. (2018). De l’intérêt des serious games comme méthode de restitution des apprentissages, sous stress aigu, en crise. Management et Avenir, 102(4), p. –66. https://doi.org.10.3917/mav.102.0051

(4) Kolb, D. A. (2014). Experiential learning: Experience as the source of learning and development. FT press.

Mise en pratique



Pour intégrer efficacement cette approche innovante dans vos formations, que vous soyez une grande entreprise ou une PME, suivez ces étapes concrètes :


  1. Diagnostic initial personnalisé : Identifiez d’abord clairement le niveau initial de préparation de vos équipes via questionnaires ou entretiens, complétés idéalement par une première carte cognitive individuelle décrivant leur vision actuelle de la gestion de crise. Cela vous permet de repérer précisément les lacunes à combler.


  2. Construire une séquence pédagogique optimale : Commencez systématiquement par une simulation de crise (tabletop, jeu de rôle) qui expose immédiatement vos participants aux réalités complexes et imprévisibles. Cette immersion initiale crée un besoin réel d’apprendre.


  3. Apports théoriques ciblés et pertinents : Suivez par une session structurée qui apporte des concepts théoriques essentiels (en présentiel ou via e-learning). Le contenu doit éclairer directement les défis expérimentés lors de la simulation initiale.


  4. Intégration des serious games : Utilisez ensuite un serious game, numérique ou présentiel, permettant aux apprenants de tester ces nouveaux savoirs dans un environnement ludique et sécurisé. Cela favorise une mémorisation active et durable.


  5. Session finale de débriefing réflexif : Concluez par une discussion collective approfondie analysant l’ensemble des expériences vécues et concepts théoriques abordés. Les échanges permettent de cristalliser les apprentissages et de renforcer les compétences collectives.


  6. Mix digital et présentiel équilibré : Pour les grandes entreprises, privilégiez des plateformes immersives complexes, tandis que les PME peuvent adopter des formats plus légers comme des ateliers ou des modules e-learning combinés à des simulations simples.


En adoptant cette approche séquentielle cohérente, vous maximiserez l’efficacité de vos formations à la gestion de crise, développant ainsi une résilience organisationnelle robuste face aux défis actuels et futurs.



 
 
 

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