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Humour et résilience : Rire pour survivre

Et si l’humour n’était pas un luxe en temps de crise, mais une véritable stratégie de survie ?


Blagues, sourires ou traits d’esprit deviennent des soupapes essentielles.


Loin d’être une distraction, l’humour devient une arme discrète pour traverser l’adversité, renforcer l’esprit d’équipe et cultiver une résilience collective durable.



La résilience rime trop souvent avec rebond. Pourtant, un ingrédient inattendu change la donne : l’humour.


Un éclat de rire peut parfois valoir

un plan d’urgence.


En pleine crise, il devient une soupape : il apaise, soude et redonne souffle.


Bien plus qu’un réflexe, l’humour s’impose comme un levier stratégique de résilience.



Quand l’humour surgit dans l’adversité


L’humour n’attend pas la fin de la tempête pour s’inviter. Il apparaît souvent au cœur même de la crise.

Les soldats de la Première Guerre mondiale parlaient d’« humour de tranchées » pour tenir face à l’horreur quotidienne.


Dans un environnement marqué par la boue, le froid, la peur et la mort omniprésente, le rire devenait une arme invisible, mais essentielle.


À travers des blagues, des chansons parodiques ou des journaux de tranchée satiriques comme The Wipers Times , ils détournaient la réalité pour la rendre supportable.


Cet humour grinçant, souvent noir, n’effaçait pas la violence des combats, mais offrait un exutoire psychologique et renforçait la solidarité entre camarades. Rire ensemble, c’était affirmer une forme de résistance face à l’absurde et à l’insoutenable.


Plus près de nous, les soignants en pleine pandémie échangeaient des mèmes et des blagues dans leurs groupes internes.


Les gestionnaires de crise le savent : une boutade, une remarque ironique, un sourire collectif permettent parfois de relâcher la pression au moment le plus critique.


Cet humour, que certains jugeraient déplacé, joue en réalité un rôle psychologique crucial : il agit comme une soupape. Il permet de prendre de la distance, de voir la situation autrement, de réintroduire une part d’humanité quand la gravité tend à écraser.



Humour et résilience psychologique


La psychologie a depuis longtemps étudié le rôle du rire comme mécanisme d’adaptation face au stress.


Le rire déclenche une cascade de réactions physiologiques : il réduit la sécrétion de cortisol, l’hormone du stress, tout en stimulant la production d’endorphines et de dopamine, neurotransmetteurs associés au plaisir et à la motivation


Autrement dit, un éclat de rire agit comme une « réinitialisation » du système nerveux : il aide le cerveau à se calmer, restaure l’équilibre émotionnel et libère des ressources cognitives indispensables pour affronter l’adversité.


En situation de crise, où la lucidité est

mise à rude épreuve par la peur, la

fatigue ou la surcharge d’informations,

ce mécanisme devient vital.


L’humour agit alors comme une forme de « réévaluation cognitive » : il offre une autre perspective sur la situation, la rendant plus gérable, parfois même moins menaçante.


Ce changement de cadre mental permet de desserrer l’étau émotionnel et d’éviter la paralysie décisionnelle.


Un manager qui glisse une remarque légère ou une pointe d’autodérision au milieu d’un débriefing sous tension ne cherche pas à nier la gravité des faits. Il crée une micro-pause psychologique, un moment de respiration qui apaise l’anxiété et redonne de la disponibilité mentale à son équipe.


Ces instants, brefs, mais stratégiques, peuvent faire la différence entre une équipe crispée et une équipe capable de retrouver sa concentration et sa créativité pour avancer.



L’humour comme ciment collectif


Au-delà de ses effets psychologiques individuels, l’humour remplit une fonction sociale essentielle : il rapproche.


Rire ensemble, c’est partager un

moment d’humanité qui dépasse les

hiérarchies et les statuts.


Dans une équipe confrontée à l’incertitude, l’humour agit comme un code implicite de solidarité : « nous sommes dans la même barque, et nous la ferons avancer ensemble ».


Rod A. Martin et ses collègues  parlent d'« humour affilié » pour désigner un humour inclusif et bienveillant, qui soude et rassemble le groupe.


Ce style d'humour s'exprime dans les relations interpersonnelles à travers des propositions ou des gestes amusants, non hostiles, visant à amuser les autres, faciliter les relations et réduire les tensions.


L’humour permet de transformer l'adversité en expérience collective, en donnant aux membres du groupe le sentiment d'appartenir à une communauté capable de tenir face à l'épreuve.


Cet humour se distingue radicalement de l'humour cynique ou agressif, qui, au contraire, isole ou fracture une équipe déjà fragilisée par la tension, car il repose sur le sarcasme, la moquerie ou le dénigrement d'autrui.


Dans les cellules de crise, un trait d’esprit bien placé peut désamorcer une confrontation entre collègues, briser la glace dans une réunion tendue ou relancer une dynamique constructive.


Ce rire partagé libère la parole, dédramatise les

erreurs et permet aux émotions de circuler sans

débordement destructeur.


En somme, il devient un régulateur social qui maintient la cohésion là où la peur pourrait diviser.


Ainsi, l’humour ne se limite pas à détendre l’atmosphère : il devient un ciment collectif, une ressource qui renforce la confiance mutuelle et favorise une résilience partagée.



Les risques d’un humour mal placé


Bien sûr, l’humour n’est pas toujours approprié. Mal dosé, il peut être perçu comme une insulte ou une minimisation des souffrances.


Rire des victimes ou nier la gravité d’une crise est destructeur pour la crédibilité d’un leader.


C’est pourquoi les gestionnaires doivent développer une sensibilité contextuelle. L’humour fonctionne s’il est bienveillant, s’il inclut plutôt qu’il n’exclût, s’il ne masque pas la responsabilité, mais au contraire permet de la porter plus sereinement.


Ces pratiques ne visent pas à “prendre les crises à la légère”, mais à mieux y résister, ensemble.


La résilience n’est pas qu’affaire

de courage ou de sérieux.


Elle se nourrit aussi de cette énergie subtile qu’est l’humour. Rire en temps de crise n’est ni un signe d’insouciance ni une faiblesse : c’est une stratégie de survie et un outil de cohésion.


Utilisé avec bienveillance et discernement, l’humour apaise, soude et redonne souffle à ceux qui affrontent la tempête.


Dans les crises les plus dures, un sourire partagé peut être la première étincelle du rebond. Et si le rire était, en fin de compte, l’expression la plus humaine de la résilience ?


Karine Maréchal-Richard


6 clés pour utiliser l’humour en situation de crise



  1. Intégrer l’humour dans les cellules de crise Prévoyez des moments de respiration lors des réunions : une remarque légère, une anecdote ou un sourire partagé. Ces instants relâchent la tension, restaurent l’énergie cognitive et maintiennent la lucidité collective.


  2. Former les managers à l’humour bienveillant Organisez des ateliers de sensibilisation pour distinguer les différents styles d’humour. L’humour affiliatif (qui inclut et rassemble) favorise la cohésion, tandis que l’humour cynique ou agressif fragilise l’équipe. Le discernement est la clé d’un usage constructif.


  3. Favoriser l’autodérision du leader Un responsable qui ose rire de lui-même humanise son rôle et réduit la distance hiérarchique. Cette posture crée un climat de confiance où chacun se sent autorisé à s’exprimer sans crainte du jugement.


  4. Utiliser des supports visuels humoristiques Dans la communication interne, les caricatures, illustrations ou clins d’œil graphiques peuvent rendre des messages sérieux plus mémorables et engageants, sans en réduire la gravité.


  5. Créer une culture de la légèreté maîtrisée Développez des rituels d’équipe : partager une “blague du jour”, collecter des moments drôles vécus sur le terrain, ou valoriser les anecdotes humoristiques comme preuves de résilience. Ces pratiques rappellent que gravité et légèreté peuvent coexister.


  6. Évaluer l’impact après coup Intégrez l’humour au retour D’expérience : analysez comment il a contribué à maintenir la cohésion et le moral. Ajustez vos pratiques pour renforcer son usage lors de futures crises.


 
 
 

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